Les Chemins délaissés Chroniques et Poèmes par Bernard J.CARON
 Les Chemins délaissés Chroniques et Poèmes par Bernard J.CARON

Vivre en être libre, c'est prendre des chemins que les autres délaissent.

 

LES CHEMINS DÉLAISSÉS

 

Ils partent un matin

fatigués de la ville.

 

Pour atteindre la plaine ils prennent des chemins

que les hommes délaissent

(l'instinct guide leurs pas).

Ils avancent vers l'ouest

tel le fleuve fougueux qui va vers l'océan

Et ils puisent leur force

dans le vent et la pluie, dans le chant des étoiles.

Ils écoutent les mots 

que chuchotent les arbres.

De saison en saison,

ils cherchent d’autres routes,

d'autres sentiers sauvages.

 

Ils vont vers le futur.

2013-2016

 

DE MA CHAMBRE

 

Dans la tranquillité de ma chambre, je laisse vagabonder mon esprit. Peu à peu, je vois se dessiner les grandes lignes de ma prochaine chronique ou un embryon de poème.

Je jette un regard sur le jardin que le froid de la nuit a paralysé.

Au loin, j'aperçois la colline. J'aime sa présence familière. Au fil des ans, je l'ai vue se transformer. Le bocage boulonnais a été défiguré par d'immenses monstres de métal qui transportent le courant. Ainsi le veut la loi du progrès.

L'homme d'aujourd'hui rêve d'aller toujours plus vite. A contre-courant, un éloge de la lenteur s'impose.

Sur une armoire, il y a encore les livres que je viens de refermer ou ceux que je suis en train de lire. Et à côté d'eux, ceux que je retrouve régulièrement : une anthologie de poèmes, un classique qui procure à chaque nouvelle lecture un plaisir aussi grand.

Je connais le charme des promenades la nuit sur la montagne ou au bord de la mer. Je n'oublierai jamais Ténérife et la montée vers le sommet du Teide, ni ma rencontre avec les chutes du Niagara. Mais la turbulence des villes ne me déplaît pas. J'ai goûté la liberté dans les rues d'Amsterdam, l'ambiance un peu folle de Broadway au début de la nuit. J'ai marché longuement dans la Rome antique et me suis reposé devant la fontaine de Trévi, sous un soleil accablant.

Mais c'est l'air respiré au bord de la mer ou dans les chemins forestiers qui me convient le mieux.

Depuis que j'ai vu Birkenau et Auschwitz, je me dis qu'il n'est pas possible de se taire, qu'il faut témoigner, parfois crier pour se faire entendre, ne pas se résigner afin d'inverser le cours des choses.

J'écris, simple témoin qui dit ses craintes et ses espérances.

                                                *

Qu'est-ce que la poésie ?

 

Le terme est souvent galvaudé. Pendant des siècles, le poème a été un texte écrit en vers, contenant généralement le même nombre de syllabes et des rimes. Mais combien d'auteurs ayant respecté les règles de la poésie classique ont-ils été de vrais poètes ?

Le vers libre a été une évolution importante. Il a permis de débrider l'écriture et d'être un pont entre la prose poétique et le poème. Francis Ponge qui n'a écrit que de la prose est ainsi considéré comme l'un des plus grands poètes du 20e siècle.

De nos jours, la frontière entre chanson et poésie est parfois trop vite franchie. Un texte agréable à entendre, surtout quand il est soutenu par une mélodie, est rarement un poème.

Dans l'idée de poésie, il y a avant tout une grande exigence, une vérité profonde que l'auteur va chercher au fond de lui-même.

« La poésie, même la plus calme en apparence, est toujours le véritable drame de l'âme » écrivait Reverdy.

La poésie doit être inventive, apporter « un langage personnel et une sensibilité » avait dit Guillevic lors d'une interview au cours de laquelle il avait également déclaré :

« Quand j’écris un poème, je m’enfonce dans les ténèbres… sans savoir d’avance ce que je vais écrire. »

La poétesse grecque Kiki Dimoula dont la poésie dépouillée tire parti de l’observation de faits ou d’objets de la vie de tous les jours, de la photo, de rencontres anodines, a reçu le prix européen de littérature en 2009. Quand on lui a remis son prix, elle a dit combien il lui paraissait difficile de définir la poésie. Renonçant aux propos souvent entendus dans ce type de réunion, elle a préféré utiliser cette image :

« Tu marches dans un désert. Tu entends un oiseau chanter. Même si tu as du mal à croire à cet oiseau suspendu dans le désert, tu es obligé de lui préparer un arbre. Voilà ce que c’est, la poésie. »

Cette façon de définir la poésie me convient parfaitement.

 

                                                     *

La poésie est entourée de mystères que les exégèses ne parviendront sans doute jamais à percer complètement.

Comment naît le poème, quel cheminement a-t-il pris avant que le premier vers sorte du cerveau de l'auteur et se matérialise sur un carnet ou aujourd'hui sur l'écran d'un ordinateur ?

L'inspiration est un phénomène très complexe et la construction de l'œuvre peut prendre des voies multiples.

Pourquoi tel texte d'un auteur apprécié plaît-il davantage qu'un autre, pourquoi suis-je plus sensible à la poésie de Guillevic qu'à celle de Paul Valéry ?

Le poème que le lecteur a sous les yeux est un message – au sens technique du mot. Il est probable que la plupart du temps une partie de l'« information » envoyée par l'auteur ne parvienne pas à celui qui le lit. Il faut par ailleurs que s'établisse une sorte de connivence entre les deux pour que le texte plaise. Celle-ci passe par un intérêt pour le style, une adhésion aux idées (ce qui n'est pas forcément obligatoire).

Il faut surtout que le texte provoque une surprise due à l'originalité d'un mot qu'on n'attendait pas, à une image qui apporte un renouvellement.

C'est ce qui oblige le poète à trouver sa propre voie ( dans le cas contraire il ne ferait qu'imiter) et à inventer sans cesse pour créer son propre langage.

 

                                               *

 

 

LES CHEMINS DELAISSES

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© Bernard J.Caron