PERSONNEL

SOUVENIRS

 

1.

Mille images du passé jaillissent de ma mémoire.

Un enfant parcourt la campagne avec son grand-père. Un président est assassiné. La naissance d'un fils puis d'un second. De jeunes femmes belles meurent au printemps, comme des héroïnes de Jan Wolkers.

Images confuses resurgies de l'enfance, de la jeunesse, images que le temps n'a pas encore déformées.

Qu'on ne s'y trompe pas. Je ne me tourne pas vers elles par nostalgie, par goût exclusif des souvenirs.

Il faut vivre l'instant présent.

Je vais vers elles, plutôt, comme on va vers la source.

Pour y trouver un art de vivre.

                                                *

C'était un bel après-midi de juillet. Nous nous promenions sur la plage.

Nous nous sommes assis sur un rocher et nous avons longtemps parlé...

Nous avons parlé de tout, de son pays ( elle était étrangère et elle découvrait la France), nous avons parlé du monde, du bonheur.

Je lui parlais et elle m'écoutait.

Elle donnait son avis et j'allais avec ravissement à la rencontre d'un autre être.

Elle fut la première à m'écouter. Il est important d'être écouté.

Il est important d'écouter l'autre.

L'écouter pour chercher à le comprendre et l'accepter tel qu'il est.

Ainsi commence l'échange.

Ainsi, au moment où l'échange s'établit, vit-on un instant de bonheur.

 

2.

Le bonheur ?

Existe-t-il encore dans un monde qui vacille, un monde qui a peur ?

Des gens désorientés traînent leurs angoisses, leurs cauchemars.

Dans la froideur des immeubles maussades, ils tuent le temps à coups d'artifices, se grisent de vitesse, de paradis dangereux. Certains se laissent guider et séduire par des discours vains .

Et les jours passent... Pour oublier, ils partent et vont là où les autres sont déjà, et une fois encore ils rejoignent la foule qui n'a rien à leur dire, qui passe à côté d'eux dans la frénésie des klaxons ; et les décibels des grosses voitures et des motos blessent leurs oreilles. Ce sont des résignés.

Ici des hommes possèdent pour exister. Ils vivent dans l'abondance.

Ailleurs d'autres cherchent la goutte d'eau, la plante qui maintiendra en eux une étincelle de vie. Mais je sais qu'un jour la justice vaincra.

Je sais que l'ombre d'Hiroshima pèse sur nos têtes. Je sais que la liberté est difficile à apprendre et j'en connais les risques. J'ai vu de jeunes chiens tenus trop longtemps en laisse mourir dès qu'ils étaient lâchés, sous la roue d'un camion.

Je sais la misère, la haine, l'intolérance. Pourtant j'entends là-bas, au bout du chemin, monter une rumeur d'espoir.

Alors m'apparaît une certaine idée du bonheur.

Et, sous le soleil d'été, la vague qui vient se briser sur le roc de granit raconte la beauté du monde.

Sur la page blanche j'écris : Amour et Liberté.

 

STYLES

J'aime, dans l'écriture comme dans la vie, la sobriété. Aller à l'essentiel en peu de mots est une nécessité ; le texte poétique doit être débarrassé de sa gangue. C'est ce qui donne toute sa force au message.

Rien ne m'irrite plus que ces auteurs qui se croient importants et qui écrivent avec emphase, avec grandiloquence, qui parlent d'eux-mêmes plutôt que des autres. Souvent le langage abscons masque une pensée vide.

Je préfère le bon sens du paysan, sa connaissance concrète de la terre, de la vie, au soliloque stérile du pédant.

Ecrire c'est communiquer ( une émotion, une idée, une colère...). Ce que je reproche à bon nombre d'auteurs modernes qui disent souffrir de la solitude, c'est de s'enfermer dans cet état en choisissant la voie de l'hermétisme qui est rarement celle du génie.

C'est pourquoi j'aime par-dessus tout le style fluide et plein d'humour de Georges Fourest, la poésie sincère de Prévert, la concision de Guillevic, la limpidité de Supervielle, la puissance d'évocation du haïku où trois vers très courts suffisent pour exprimer une émotion poétique.

 

 

 

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