Pensées éparses

LE SAGE (1)

Aux cimes inaccessibles je préfère les sentiers

intimes de la plaine.

C’est dans la solitude et le silence que je vois

la vérité.

Ainsi parlait le sage.

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POESIE

Le poète choisit l'Utopie. Difficile combat.

Il lui faut agir tel l'équilibriste sur son fil.

La manœuvre est étroite entre la facilité

d'un côté et l'hermétisme de l'autre.

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ARBRES SECS

Ceux qui ne savent plus s'abandonner à la rêverie me font penser à ces vieux arbres secs des vergers délaissés qui ne donneront plus de fruits. Certains parmi eux mangent peut-être dans des restaurants luxueux, dorment parfois dans des palaces, ont la richesse arrogante. Mais ils passent à côté de la vraie vie.

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LE SAGE (2)

«Toute votre vie, on tentera à vous influencer, disait le vieux sage.

Vous serez entourés de personnes qui, parfois sans le vouloir, mais souvent intentionnellement, chercheront à imposer leurs idées et leur façon de faire.

Ne soyez pas des moutons de Panurge car le monde a besoin d'hommes et de femmes ayant du caractère. Plus tard, lorsque vous éduquerez vos enfants, faites en sorte qu'ils puissent penser par eux-mêmes.

N'oubliez jamais qu'avoir l'esprit critique est la qualité première d'un être libre. »

Ainsi parlait le sage.

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VIVRE

Vivre c'est créer, c'est retrouver la liberté de l'enfant qui barbouille la feuille blanche, qui fait surgir de la pâte molle mille personnages imaginaires, c'est chercher sous le masque l'essence des êtres et des choses, c'est prendre des chemins que les autres délaissent.

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DEVANT LA MER

Sur les rides de l'eau le temps ne pèse pas.

Que sont trois cheveux blancs

en face de la mer ?

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LES DERACINES

C’est un triste spectacle que celui d’un arbre qu’un coup de vent terrible a déraciné.

L’arbre qui, quelques instants plus tôt, puisait dans la terre l'énergie lui permettant de se dresser vers le ciel ne se relèvera pas. Son déracinement est synonyme de mort.

L’avenir des gens arrachés à leur pays n’est pas forcément aussi noir mais il leur faudra beaucoup de temps et de chance pour que leur douleur finisse par s’apaiser.

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POESIE (2)

Je rêve d'une poésie verticale. Le vers doit se dresser comme une cathédrale.

 

Le poème est un cri de joie ou de douleur.

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ART DE VIVRE

Avec de longs silences, avec une caresse, nous communiquerons.

 

Les mots et leurs pièges : nous nous tairons ensemble.

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LES MOTS

Qu'ils soient écrits, prononcés ou seulement intériorisés, les mots nous sont indispensables car les idées ont besoin des mots pour être exprimées. Et plus le mot est précis, plus la pensée sera claire.

C'est pourquoi le relâchement auquel on assiste actuellement en matière de langage, le fait d'utiliser de moins en moins de mots, de les utiliser parfois sans discernement, en les dénaturant est un phénomène inquiétant.

 

Ecrire un poème, c'est partir d'une inspiration et ensuite travailler sur les mots.

Chaque mot est l'objet d'une hésitation avant le choix de celui qui paraît convenir le mieux.
Le reste est un processus mystérieux qui tient de l'artisanat, de l'alchimie, du hasard et de la fantaisie...

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ART DE VIVRE

1. L'idée de vivre tel un berger au milieu de la ville me plaît.

 

2. Quand on entreprend une marche, il n’est pas nécessaire de savoir où l’on va, mais il est bon de savoir pourquoi l’on marche.

 

3. Marcher, c’est vivre, c’est être libre.

4. Les choses banales paraissent toujours neuves à celui qui aime la poésie.

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VOYAGER

 

1. Tous les voyages que j’ai effectués ont été marqués par la recherche du sens, par le désir de découvrir l’authenticité, de vivre un instant de bonheur en regardant un paysage, un monument, un arbre, une scène...


2. Parfois, au cours d'un voyage, un instant remarquable se grave dans la mémoire et il devient poème, des années plus tard.


3. Le voyage n’est pas une activité banale, c’est une véritable aventure culturelle et humaine qui ne nécessite pas forcément de parcourir de longues distances.

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LE TEMPS

L'homme moderne a modifié son rapport au temps, ce qui l'a conduit à avoir des comportements curieux, parfois absurdes, parfois contre-productifs, souvent contradictoires et aberrants.
Autrefois rythmée par le lever et le coucher du soleil et par le cycle des saisons, la vie de l'homme moderne subit les contraintes d'un mode de vie auquel il est difficile d'échapper.
L'homme pressé rêve d'aller toujours plus vite mais perd son temps dans de fastidieux déplacements.
Seule la poésie peut arrêter le temps en créant ce que Bachelard appelait " le temps vertical ".

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LE FLEUVE

Les cartes et les livres nous apprennent peu de choses sur les fleuves.

Pour comprendre le fleuve, il faut le suivre de la source à la mer, il faut appréhender les liens qui se sont noués entre lui et les hommes, il faut saisir sa dimension culturelle et poétique.

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PIERRES DRESSEES

Les menhirs alignés de Carnac sont les témoins d'une humanité qui cherche et avance lentement pour saisir la vérité inextricable du monde.

Dressés par la volonté des ancêtres, ils annoncent déjà les cathédrales.

Ils sont là, debout, sereins et indestructibles.

Quels monuments impérissables élèvent les hommes d'aujourd'hui ?

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LES VILLES

Les villes sont semblables aux gens ; on les aime souvent de manière irrationnelle, mais elles ont des arguments pour se faire aimer : leur beauté ( celle des rues, des maisons, des monuments...) et leur caractère (l'authenticité d'abord). On pourrait pousser plus loin la ressemblance en ajoutant qu'il y a des villes qui font illusion ( on a un coup de foudre pour elles mais elles lassent vite) et il y a les autres, celles qui ne déçoivent jamais, qu'on retrouve avec plaisir et où l'on décide parfois de s'installer.

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ART

Les sculptures épurées de Brancusi nous rappellent que l’art ne consiste pas à reproduire la réalité mais à la transcender pour en exprimer l'essentiel.

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CULTURE

Il est indispensable de dépoussiérer la notion de culture.
Dans le monde occidental, on limite trop souvent celle-ci à un ensemble de connaissances intellectuelles. La culture englobe aussi ce qui se rapporte à la vie quotidienne des gens.

La fonction de la culture est avant tout d’aider l’Homme à comprendre le monde.

La culture se forge au contact de la nature, de la terre, de la pierre, de l’eau.


Aucun critère ne permet de dire qu’une culture est supérieure à une autre.

L’un apprend la philosophie dans les livres, un autre en vivant parmi les arbres, selon la civilisation à laquelle il appartient ou selon ses envies.

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FORETS

La forêt est un lieu magique pour ceux qui savent la regarder et l'écouter.

Les choses banales y paraissent toujours neuves.

Une pomme de pin sur un lit d'aiguilles sèches, une fougère au bord du chemin, le chant d'un oiseau, vous font pénétrer dans l'univers sans fard de la nature, celui de la vérité et de la beauté.

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ECRIRE

 

Écrire c'est communiquer ( une émotion, une idée, une colère...). Ce que je reproche à bon nombre d'auteurs modernes qui disent souffrir de la solitude, c'est de s'enfermer dans cet état en choisissant la voie de l'hermétisme qui n'est pas souvent celle du génie.

C'est pourquoi j'aime par-dessus tout le style clair et fluide de Camus, la poésie sincère de Prévert, la concision de Guillevic, la limpidité de Supervielle, la puissance d'évocation du haïku où trois vers très courts suffisent pour exprimer une émotion poétique.

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LANGAGE POETIQUE

 

Je ne crois pas que la poésie doive être nécessairement comprise.

Le langage poétique doit s'écarter de la langue courante.

Ce qui compte avant tout, c’est l’émotion enveloppée de mystère que créent la musicalité des mots, l’originalité du style et la force des images.

 

 

Copyright GFG27L Bernard-Jean Caron

  

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